Assasinat de Jehanne FOLLANGE DE CHAMORE

Publié le par Xavier DAVID

Jehanne FOLLANGE DE CHAMOR était tenancier d'une taverne à Saint Briac (Ille et Vilaine). Il fut assassiné le 13 mars 1531 dans le même village par Julien de Richeboys, dont voici, ci-dessous, en vieux français de l'époque, la demande de rémission auprès des juges de la bonne ville de Dinan (22). Dans le texte, FOLANGE, nom de mes ancêtres et parents actuels est noté : FOLANGE, FOLLANGE, FOULANGE, SOULANGE ... et de CHAMORE, tître de noblesse de la famille à l'époque est noté CHAMANRE, CHAMOR, CHAMORE...

Remission pour Julien de Richeboys :

la verifficacion aux juges de Dinan.
Francois, etc, savoir faisons, nous avoir receu l'humble supplicacion et requeste des parrens et amys consanguins de Julien de Richeboys, detenu prinsonnier a notre court de Dynan pour le cas d'avoir meurdry et occis ung nomé Jehan Foulange, dit Chamanre, de la parroisse de Saint Briac , Contenant que comme le huitieme jour de febvrier derroin ledit de Richeboys qui estoit lors et longtemps auparavant et encores a present est troublé et aliené de son entendement sans scavoir la plus part du temps qu'il faict ne dict, fust allé audit lieu de Saint Bria en voyaige et prier monseigneur Saint Bria pour luy estre intercesseur envers dieu et luy aider a avoir et recouvrer santé et guerison de sa teste laquelle luy faisoit fort grant mal et le vexoit et tourmentoit, tellement que quant fut arryvé a ladite eglise comme foul et tourné de cerveau, se mist a sonner les closches dicelle. Apres quoy s'en alla ches ledit Foulange tenant lors taverne audit bourg pour prandre et avoir sa resfection ; en laquelle maison, il trouva dom Jehan Gueguen, Richard Le Gobien, Francoys Bregeron, Jehan Locquien et chacun estans lors en une chambre haulte qui bevoint et faisoint grant bruyt oyant lequel ledit de Richeboys que comme devant lors estoit troublé de son entendement, demanda qui s'estoit qui bevoit et menoit ainsi tel bruyt en ladite chambre. A quoy luy fut respondu par aulcuns la estans que s'estoit le Sr de La Villeregnaud et autres surnomez estans a une mesme table. Oyant laquelle response, ledit de Richeboys incontinent alla en hault en ladite chambre en laquelle il trouva ledit de La Villeregnaud et autres lesqueulx estoint assemblez pour fere quelque appointement entre ledit Francois Gueguen et Jehan Locquien desqueulx ledit dom Jehan estoit juge. Et incontinent apres que ledit de Richeboys fut entré en ladite chambre, se mist et assist a la table ou estoient les dessur nomez et prins ung voire de vin et dist, adressant ses parolles audit dom Jehan Gueguen, Villeregnaud et chacun et signantement audit Villerenaud : « Mon cousin, je vous donneroy pinte. » et audit dom Jehan Gueguen qu'il bevoit a luy d'aultant. Et apres avoir beu troys ou quatre foiz et mangé du pain et de la chair, dist audit Jehan Foulange que luy fust allé querir une pinte de vin et qu'il la voulloit donner ausditsdom Jehan et Villerenaud. Ce que fist ledit Chamore et la presenta sur la table de par ledit de Richeboys quel de Richeboys derechef se print a boire et deffaict beut audit Foulange comme a son amy et a plusieurs autres. Apres tout quoy les dessurdits avoir eu plusieurs parolles et devys du faict et appoincte pour lequel ilz estoint assemblez, ledit de Richeboys qui ja avoit quelque peu beu et estoit eschauffé de vin, dist adreczant ses parolles audit Francois Bregeron par telles ou semblables parolles : « Par le sang dieu ! tu es sorcier ! descen de la ! Allon a bas et par mort dieu, je te tueroy. » Ausquelles parrolles celuy Francoys respondit et dist qu'il n'estoit point sorcier et derechef celluy de Richeboys se print a dire audit dom Jehan : « Sirs curé, allez querir du vin.» Auquel de Richeboys, ledit Foulange, dist : « Actendez que cest appoincte soit faict et puis nous auron du vin assez. » En l'endroit de quoy, ledit de Villeregnaud dist audit Foulange : «Mon compere, oustez-moy cest home ! » et se voyant ledit de Richeboys se leva de dessus l'escabeau ou il estoit assis et print son manteau et le mist autour de l'un de ses braz mectant la main dessur son espee et s'en sortant hors ladite chambre ?desscendant? ; et descendit deffaict au-bas de ladite maison. A laquelle descente, ledit Soulange print et bouta ledit de Richeboys fort rudement tellement qu'il fut bleczé au visage et le mist hors ladite maison taschant celluy Foulange et ung sien frere oustez et ravir l'espee dudit de Richeboys et le debastonnez pour apres ce faict le baptre et oultraiger et de luy fere a leur plaisir. Laquelle espee l'un d'eulx tenoit de peur que ne la eust evaginee et lors ledit de Richeboys soy escrya leur disant : « Lessez-moy ! je ne vous demande riens. » Ce neantzmoins le tenans tous deux sans le vouloir aulchunement lascher les ungs au poil et l'autre au corps tellement qu'ilz s'entre- abatirent sur une piecze de boys estant hors au-devant ladite maison et ce voyant ledit de Richeboys estre ainsi malmené et qu'ilz estoint deux sur luy, craignant estre plus oultrageusement baptu, voyant qu'ilz le empeschoint de povoir evaginer sadite espee, trouva faczon de tirer ung cousteau poinctu qu'il avoit lors en une gaisne le long de l'une de ses cuisses et de malle adventure, ne penczant touteffoiz en fere aulchun meurtre, en frappa et donna deux coups audit Follange dont l'un estoit soubz la mammelle du costé senestre dont incontinent par faulte de bon pensement ou autrement celluy Foullange alla de vie a deceix sans estre confessé fors que ledit dom Jehan luy donna une benediction. Ouquel conflict et debat ledit de Richeboys perdit et luy fut desrobé son bonnet qui bien valloit ung escu ou environ et incontinent apres fut ledit de Richeboys par les assistans prins et saesy ou corps et mené a noz prinsons de Dynan esquelles il a esté depuis detenu en grant calamyté et mysere et par noz officiers dudit Dynan, interrogé et vers luy le proces decrecté. A laquelle interrogaction liberallement congneut et confessa avoir faict ledit meurtre et groya et voulut croire des charpentiers qui estoint a besongner de leur mestier ches ledit Foulange et aultres surnomez aussi leur repondit qu'il avoit nom Rolland qu'estoit pourtant bien a demonstrer qu'il estoit foul et tourné de teste. Apres tout quoy luy a esté la torture ajugee, laquelle il a soufferte sans confesser aultre chose que ce que davant. Nous remonstrant que ledit de Richeboys est pouvre juvigneur ?cayant? , ne possedant aulcuns biens, actaignant de lignaige a plusieurs bons et notables gentilzhomes, dames et damoyselles de ce pays et duché, bien famé et renommé sans jamais avoir esté actainct ne reprins d'aulcun mauveix cas digne de reprehencion jucq au cas de present, et que ledit Foulange estoit tenu et reputé notoirement maulveix et dangereux paillart bapteur de gens, yvrougne, coustumiez de jurer et blaphemer le nom de dieu. Ce neantzmoins, ilz doubtent et craignent lesdits supplians que par raison dudit cas nosdits officiers dudit Dynan veillent vers ledit de Richeboys proceder a rigueur de justice qui leur cedderoit a grant scandalle et deshonneur et a ceste cause nous ont supplyé et requis qu'il nous plaise avoir esgard a la fureur et perturbacion d'entendement en quoy est ledit de Richeboys entaché, et dudit cas luy impartir noz lettres de grace et remission tres humblement le nous requerant. Pourquoy nous, etc. Signé Darande.

Traduction possible :

 

François…, etc.., faisons savoir que nous avons reçu les humbles supplication et requête des parents et amis consanguins de Julien de Richeboys, détenu prisonnier en notre court de Dinan pour avoir meurtri et occis un nommé Jehan Follange, dit Chamanre, de la paroisse de Saint- Briac.

 

Vu que, comme le huitième jour de février dernier, ledit de Richeboys qui était lors, et longtemps auparavant, et encore à présent, troublé et aliéné de son entendement, sans savoir la plus part du temps qu'il ne fait ni ne dit, fut allé audit lieu de Saint-Briac en voyage et prier Monseigneur Saint-Briac pour lui être intercesseur envers Dieu, et l’aider à avoir et recouvrer santé et guérison de sa tête ; laquelle lui faisait fort grand mal et le vexait et tourmentait, tellement que ; quant il fut arrivé à ladite église comme fou et tourné du cerveau, se mit à sonner les cloches d’icelle. 

 

Après quoi s'en alla chez ledit Follange, tenant alors une taverne audit bourg, pour prendre et avoir son rachat ; en laquelle maison, il trouva dom Jehan Gueguen, Richard Le Gobien, François Bregeron, Jehan Locquien et chacun étant alors en une chambre haute, buvant et faisant grand bruit, entendant ledit de Richeboys qui, comme devant lors, était troublé de son entendement, demanda qui buvait et menait ainsi tel bruit en ladite chambre.

 

Ce à quoi lui fut répondu par aucun là étant, que c'était le Sieur de La Villeregnaud et autres surnommés qui était à une même table.

 

Entendant cette réponse, ledit de Richeboys, outré, alla en haut, en ladite chambre en laquelle il trouva ledit de La Villeregnaud et autres ; lesquels étaient assemblés pour faire quelques récompenses entre ledit François Gueguen et Jehan Locquien desquels ledit dom Jehan était juge.

 

Et outrés après que ledit de Richeboys fut entré en ladite chambre, se mit et assit à la table où étaient les surnommés et pris un verre de vin et dit, adressant ses paroles audit dom Jehan Gueguen, de La Villeregnaud, et chacun, et signalant  audit de La Villeregnaud : « Mon cousin, je vous donnerai une pinte. » et audit dom Jehan Gueguen qui buvait, à lui d'autant.

 

Et après avoir bu trois ou quatre fois, et mangé du pain, et de la viande, dit à Jehan Foulange qu’il lui fallait quérir une pinte de vin, et qu'il voulait la donner aux dits dom Jehan et Villerenaud.

 

Ce que fit ledit Chamore et la présenta sur la table de la part dudit de Richeboys.

 

Lequel de Richeboys derechef se prit à boire et défait, but avec le dit Follange, comme à son ami et à plusieurs autres.

 

Après tout quoi les deux sur dits avoir eu plusieurs paroles et devis du fait et paye pour lesquels ils étaient rassemblés, ledit de Richeboys qui déjà avait quelque peu bu et était échauffé de vin, dit adressant ses paroles audit Francois Bregeron par telles ou semblables paroles : « Par le sang Dieu ! Tu es sorcier ! Descends de là ! Allons en bas et par mort Dieu, je te tuerai. »

 

Auxquelles paroles ce dit François répondit et dit qu'il n'était point sorcier et derechef celui de Richeboys se prit à dire audit dom Jehan : « Sirs curés, allez quérir du vin.»

 

Auquel de Richeboys, ledit Follange, dit : « Attendez que cet paye soit faite et puis nous aurons du vin assez. »

 

En l'endroit de quoi, ledit de Villeregnaud dit au dit Follange : «Mon compère, ôtez-moi cet homme ! » et se voyant ledit de Richeboys se leva de dessus l'escabeau où il était assis et prit son manteau et le mit autour de l'un de ses bras mettant la main dessus son épée et s'en allant hors de ladite chambre ? descendant ? ; et descendit de fait au-bas de ladite maison.

 

A laquelle descente, ledit Soulange prit et bouta ledit de Richeboys fort rudement, tellement qu'il fut blessé au visage, et le mit hors de ladite maison tâchant celui Follange et un sien frère outré, et ravir l'épée dudit de Richeboys, et de le bastonner pour après ce fait, le battre et outrager, et de lui faire à leur plaisir.

 

Laquelle épée l'un d'eux tenait de peur que ne l’eut invaginée, et lors, ledit de Richeboys s’écria, leur disant : « Laissez-moi ! je ne vous demande rien. »

 

Ce néanmoins le tenant tous les deux sans le vouloir aucunement lâcher, les uns au poil, et l'autre au corps, tellement qu'ils s'entre abattirent sur une pièce de bois, étant dehors, au-devant de ladite maison et ce, voyant ledit de Richeboys être ainsi malmené, et qu'ils étaient deux sur lui, craignant être plus outrageusement battu, voyant qu'ils l’empêchaient de pouvoir invaginer sa dite épée, trouva façon de tirer un couteau pointu qu'il avait alors dans une gaine le long de l'une de ses cuisses, et de mal aventure, ne penchant toutefois en faire aucun meurtre, en frappa et donna deux coups audit Follange, dont l'un était sous la mamelle du côté senestre dont incontinent, par faute de bon pansement, ou autrement, Follange alla de vie à décès, sans être confessé, sauf que ledit dom Jehan lui donna une bénédiction.

 

Auquel conflit, et débat, ledit de Richeboys perdit, et lui fut dérobé, son bonnet qui bien valait un écu ou environ, et outré après fut ledit de Richeboys par les assistants prit et saisi au corps, et mené à nos prisons de Dinan, desquelles il est resté depuis détenu en grand calamité et misère, et par nos officiers dudit Dinan, interrogé et le procès décrété.

 

A laquelle interrogation, librement reconnut, et confessa avoir fait ledit meurtre, et crut ou voulut croire les charpentiers qui étaient à besogner de leur métier chez ledit Follange, et autres surnommés aussi, leur répondit qu'il avait nom Rolland, qu'était pourtant bien a démontrer qu'il était soul et tourné de tête.

 

Après tout quoi lui a été la torture adjugée, sous laquelle il a souffert sans confesser autre chose que ce que d’avant.

 

Nous démontrant que ledit de Richeboys est pauvre juveigneur ? croyant ? , ne possédant aucuns biens, atteignant de lignage à plusieurs bons et notables gentilshommes, dames et demoiselles de ce pays et duché, bien famé et renommé sans jamais avoir été atteint ne repris d'aucun mauvais cas digne de répréhension jusqu’au cas présent, et que ledit Follange était tenu et réputé notoirement mauvais et dangereux, paillard, batteur de gens, ivrogne, coutumier de jurer et blasphémer le nom de Dieu.

 

Ce néanmoins, ils doutent et craignent lesdits suppliants que par raison dudit cas nos dits officiers dudit Dinan veillent vers ledit de Richeboys procéder a rigueur de justice qui leur céderait à grand scandale et déshonneur et à cette cause nous ont supplié et requis qu'il nous plaise avoir égard à la fureur et perturbation d'entendement en quoi est ledit de Richeboys entaché, et dudit cas lui impartir nos lettres de grâce et rémission très humblement le nous requerrant. Pourquoi nous, etc. Signé, Darande...

 

 

 

 

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