Jean Fourrage interrogé pour la Gestapo

Publié le par François-Xavier DAVID

Jean Fourrage interrogé pour la Gestapo

Ministère de l'intérieur
Direction générale de la
Police nationale

Rouen le 14 juin 1945

J.B. MAURIRAS
Commissaire de Police Judiciaire
Préfecture de Rouen,



Madame FOURRAGE,



Je m'empresse de répondre à votre lettre du 12 concernant votre fils. Il est exact comme vous l'a rapporté M. Gaillard que j'ai eu à interroger votre fils sur la demande de la Gestapo d'Amiens qui m'avait convoqué dans cette ville à cet effet.

Après bien des difficultés j'ai obtenu l'autorisation d'entendre votre fils en dehors de la présence des Allemands. Lui ayant fait connaitre les charges qui étaient acquises à son encontre et qu'il ne pouvait pas contester, il m'a fait une déposition dont je possède encore l'original.

Cet original et les copies n'ont jamais été transmises à qui que ce soit. Elles n'ont jamais quitté mon dossier personnel... votre fils m'ayant fait connaitre que jusqu'alors, il n'avait rien reconnu et s'était présenté aux Allemands comme GAULLISTE se défendant d'être communiste.

Sur la demande de votre fils je lui avais fait connaitre les points faibles de la garnison allemande charger de garder les détenus du fort. où ils étaient détenus - en soulignant qu'une évasion massive était fort possible - Cette remarque avait retenu tout particulièrement son attention et je n'ai jamais su s'il avait tenté quoi que ce soit pour s'évader.

En résumé si votre fils, Jean FOURRAGE dit "JACQUES" dans la Résistance a pu, par la suite, garder le silence sur son action, il aura connu les rigueurs des Camps de Concentration nazis car, je le souligne, je l'avais promis à votre fils et je l'ai tenu la GESTAPO n'a pas eu connaissance ni des aveux de votre fils ni des accusations portées contre lui par les malheureux résistants de la région du Tréport. Ces derniers avaient d'ailleurs dans la Résistance un rôle tout à fait secondaire et ne savaient que très peu de choses sur son compte.

Espérant Madame que j'aurai bientôt l'avantage de revoir votre jeune héros au milieu de sa famille, une fois de plus au service du Pays, je vous adresse avec mes compliments, l'assurance de ma respectueuse considération.


Le Commissaire de Police Judiciaire,

signé, Mauriras,



Source : archives personnelles.

Publié dans Ma famille proche

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