Mémoire d'un pendu

Publié le par Xavier DAVID

 

Mémoires d’un pendu

 

J’avais choisi un autre jour, plus enclin à cette décision, mais la volonté avait fuit face à l'emportement.

J’avais choisi aussi un lieu, plus isolé, plus pénible à repérer, mais l'inattendu en avait décidé autrement.

Le lieu était propice, calme, sans aucune ombre de désordre possible, le temps me pressait donc.

 

Vite !

 

La distance entre la branche et le sol paraissait amplement suffisante pour une pendaison, haute et courte.

J’arrimais la corde de telle sorte qu’elle ne se détachât point. Le nœud coulant pendait dans le vide.

J’avais apporté une souche pour l’occasion afin de me propulser de quelques dizaines de pouces en sus.

 

Plus !

 

Après quelques légers moments d’hésitation, de regards sur mon passé, sur ma vie, le bilan de mes échecs,

J’ai levé la jambe suffisamment haut pour grimper sur ce marchepied de fortune. Je me voyais grandi, prêt ;

Quelques larmes coulaient sur ma joue rougie par l’émotion, la peur de souffrir, la hantise de l’échec.

 

Peut-être ! 

 

L’échec, qui a bercé toute ma vie, une vie sans but, sans espoir. Une vie de mensonge et de défaites !

Je ne voyais à ce moment que les instants les plus critiques de ces quelques années passées sur cette terre,

Rien de plus, rien de réellement accrochant, rien qui ne pourrait m’empêcher, me retenir une ultime minute !

Mais rien. Rien ne me forçait à changer cette vision des choses qui, dans quelques secondes, serait obscurcie.

 

Rien !

 

Pour la première fois je passais un collier à mon cou, un ornement longtemps désiré, mais rarement souhaité.

J’avais pris soin d’ajuster au mieux le nœud autour de ma gorge, mes jambes tremblaient et portaient peu

Mon angoisse, tristesse peut être de quitter mes êtres chers. J’hésitais un instant, mais dans un élan d’oubli

J’ai basculé du tronc. La corde s’est tendue, mais la branche n’a pas cédé. J’étais suspendu à mon destin.

 

Là !

 

Le souffle manquait à ma survie, je tentais de me débattre afin de vivre encore à cette ineptie de désespoir ;

Désespoir sombre, mais profond. Je tentais de résister à la pesanteur de mon corps sur les vertèbres

Etirées. Ma résistance fut plus douloureuse que l’attente paisible de la mort. L’air n’entrait plus, absent !

Mes membres un à un s’engourdissaient pour ne me sentir plus que crampes et courbatures violentes.

 

Douleurs !

 

D’une frayeur atroce je passais à un flegme inébranlable, en l’attente de la fin. Peut-être rapide, espérée.

Ma vue, troublée de strangulation commençait à me procurer quelques visions inutiles d’un triste passé.

Mes enfants, la plus belle réussite de ma vie, défilaient un à un près de moi, jusqu’à ne plus rien voir.

L’image de mon enfant perdu me tourmentait encore, jusqu’au dernier souffle, respiration absente !

 

Etouffé !

 

Mon âme, probable, est sortie de mon corps. Je me suis senti mort, éteint, sa vie. Je me voyais inerte,

Balançant à cette branche les jambes encore secouées par des soubresauts incohérents. J’étais bien mort.

J’avais, pour une fois, réussi quelque chose, et l’échec de ma vie s'était à présent soldé par une victoire !

 

Enfin !

 

Xavier David

21 février 2005

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Poèmes et textes

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